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Denis Salas, Magistrat
Imaginons ! Imaginons seulement !
Imaginons une société libre, libre et sûre, totalement libre et totalement sûre ! Imaginons un monde où, en parfaite harmonie, liberté et sécurité coexisteraient donc, irréductiblement unies. Ainsi fondé et au nom de la majorité de ses concitoyens, au nom de leur droit à la sécurité et au bonheur, les lois répressives s’y multiplieraient.
Utopie inédite ? Enfer ou paradis ?
conférences à venirDominique-Jacques ROTH
Sous couvert du progrès entendu comme la quête du Bien, le sujet de la parole est de plus en plus muselé par un discours hégémonique : le discours scientifique, technologique et marchand. Colonisé par la dogme néolibéral (rendement, productivité, évaluation, efficacité, etc.), le discours « stm » lamine le sujet de la parole et du désir dans des énoncés qui n’envisagent le monde qu’en termes de profit pour quelques-uns au détriment de l’intérêt général. Comment la psychanalyse vient-elle éclairer ces nouveaux mécanismes de conditionnement et d’asservissement de l’homme contemporain qui semblent bien n’avoir d’autre fin que la disparition du sujet ?
Patrick Avrane, psychanalyste
Roland Gori, Psychiatre et psychanalyste
La conférence était prévue pour le 24 novembre 2011 mais a été reportée au 31 mai 2012.
Face au nouvel ordre économique, le conformisme auquel nous nous plions tous les jours nous asservit de manière toujours plus étendue et douce, nous fait perdre l’habitude de nous diriger nous-mêmes et nous habitue toujours davantage à consentir dans les marges d’un pouvoir véritablement disciplinaire à notre propre aliénation.
"Telle est pourtant la faiblesse des hommes : contraints à l’obéissance, obligés de temporiser, ils ne peuvent pas être toujours les plus forts." (Discours de la servitude volontaire, 1549). La Boétie ne croyait pas si bien dire.
Les formes modernes de la servitude volontaire - dont le dogme contemporain de l’évaluation est sans doute la figure majeure - conduisent les hommes à se mesurer comme des choses, à se rendre commensurables et à perdre leur dignité.
Entre désobéissance civile et résistance responsable, comment combattre une idéologie de la norme et de la performance qui exige notre soumission et augure d’une civilisation inique et destructrice de l’humain pour réinventer une société de libertés, de droits, de justice et d’hospitalité ?"
Bernard RICHARD
Solstices a soigné au long cours, sans médicament et sans technique comportementale, des enfants et des adolescents souffrant d’autisme, de psychose ou de troubles du comportement. Ce service autogéré, ce « laboratoire pour l’autisme » installé en Lozère a connu pendant trente ans des réussites remarquables. A l’aide de quelles pratiques et de quelle gestion, fondées sur quelles théories ? Une expérience politique et sociale irremplaçable pour une réhumanisation concomitante du travail et du soin. Bernard Richard, réalisateur du documentaire qui introduira la conférence, échangera avec le public sur cette expérience inédite initiée par le psychanalyste Bernard Durey.
Pour voir un extrait du film présenté par Bernard Richard veuillez cliquer ici
Éric FIAT, Philosophe, maître de conférences à l’Université de Paris-est Marne la Vallée, auteur de « Grandeurs et misères des hommes : petit traité de dignité », Larousse, 2010
Il fut une époque où l’on accompagnait les plus fragiles des hommes au nom de l’amour du prochain. La laïcisation du monde fait que de nos jours c’est au nom du respect de la dignité de la personne humaine que cet accompagnement a lieu.
Mais si la dignité est une valeur fort à la mode, elle est cependant une valeur fort étrange. Car l’a-t-on remarqué ? C’est au nom de la même valeur de dignité que certains militent pour la légalisation de l’euthanasie et d’autres contre cette légalisation ou que certains veulent que soit interdit le port du voile à l’école quand d’autres voudraient qu’il fût permis. C’est donc que s’affrontent de nos jours plusieurs conceptions de la dignité, la dignité étant plus l’objet d’une invocation que d’une compréhension. Que faire, alors, quand une valeur révérée, célébrée, vénérée même par toute notre époque est cependant d’un sens si peu assuré, qu’il semble qu’on n’y trouve rien d’autre que ce qu’on veut bien y apporter, comme dans l’auberge que l’on sait ? Que faire alors, sinon philosopher ?
Visites au bout du mondeATTENTION CONFÉRENCE ANNULÉE ET REPORTÉE A L’AUTOMNE 2012
Nathalie et Yves sont visiteurs de prison. Tous les quinze jours, ils passent la porte du plus grand centre de détention d’Europe, à Val de Reuil, en Normandie, pour aller à la rencontre d’individus que personne n’a envie de fréquenter. Ils deviennent pendant quelques heures un écho du monde. Pourquoi ont-ils fait ce choix de passer du temps libre en prison et de donner la parole aux détenus ? Est-ce la foi, la compassion ou simplement de l’altruisme ? « Visites au bout du monde » est un documentaire réalisé par Jean-Jacques Pellerin, qui animera le débat suite à sa projection.
Pour voir un extrait du film pésenté par Jean-Jacques Pellerin, veuillez cliquer ici
Perdre sa vie à la gagner ou travailler pour vivre ? Danièle Linhart, sociologue
La modernisation du travail voit se développer une précarité objective et subjective qui affecte salariés du privé et du public. Pris dans des injonctions paradoxales, happés par des pressions psychiques fortes, les salariés perdent le sens de leur travail et, avec lui, une partie de leurs repères identitaires. Comment faire pour que le travail serve à la construction de soi et d’un vivre ensemble et non à la destruction des individus ? La présentation de la pièce " Chute libre" par la troupe Sens scrupule introduira la problématique, éclairée, dans un deuxième temps, par le regard de sociologue de Danièle Linhart.
Voyage, tourisme et altéritéFranck MICHEL, Anthropologue, enseigne les « humanités » et les « mobilités » à l’Université de Corse, directeur de la collection « Tourismes et sociétés » chez L’Harmattan. Strasbourg, Corte et Bali, en Indonésie, constituent ses ports d’attache.
Le voyage forme la jeunesse dit l’adage. Mais, en se frottant au monde, tout le monde finalement se forme tout au long de la vie. L’expérience du voyage nous ouvre non seulement l’horizon mais plus encore le champ des possibles. En ce sens, il déforme avec bonheur notre regard sur l’Autre et l’Ailleurs, un regard trop souvent formaté par notre société et notre histoire, celle des vainqueurs.
Partir c’est d’emblée se préparer à relativiser ce que l’on pensait connaître, voir avec d’autres yeux et goûter autrement les saveurs plurielles que l’on déniche sur notre marché-monde. Intrinsèquement, le voyage exige un lâcher-prise, il est le lieu et le moment où une vie ordinaire peut soudain muer en expérience extraordinaire, grâce à la rencontre avec les autres cultures et populations, mais aussi avec l’inconnu, l’imprévisible, l’incommensurable… En cela, il est aussi une manière de repenser la vie, le monde, le politique. Car, somme toute, le voyage ne commence-t-il pas là où s’arrêtent nos certitudes ?
Encadrer, est-ce manager ?Frédérik MISPELBLOM-BEYER, Professeur de sociologie à l’Université d’Evry, auteur de « Encadrer, un métier impossible ? », A. Colin, 2006
Les organisations et la société dans son ensemble vivent à l’aire de la “managérialisation généralisée”. Les méthodes et techniques de management, qui disent aux dirigeants et à l’encadrement “comment diriger et encadrer”, afin de devenir plus “professionnels”, s’implantent aussi depuis quelques années dans le secteur social, non sans mal, car là , comme dans le secteur de la santé ou dans l’enseignement, se manifestent de multiples résistances, dont il convient néanmoins d’étudier de près le contenu et les orientations.
Cette conférence propose une approche “non-managériale” de l’activité d’encadrement, dont les dimensions sociales, humaines et politiques seront éclairées par les apports de la sociologie, de l’ergonomie, de la sociolinguistique et de la psychanalyse. Elle ne jettera pas pour autant le bébé avec l’eau du bain : chefs de service et directeurs du secteur social ont tout intérêt à acquérir un certain nombre de méthodes et de techniques pour travailler de manière un peu plus organisée, rigoureuse et fiable.
Habitat et grand âge : quelle place pour les ainés dans la société ?ATTENTION !! CONFÉRENCE ANNULÉE
Si neuf personnes sur dix vivent à domicile jusqu’à 85 ans. Aujourd’hui 30% des plus de 65 ans habitent dans des logements dépourvus de confort, de sécurité et non adaptés à leur situation de vie. Pour les 65 ans et plus, les accidents de la vie courante résultent trois fois sur quatre de chutes survenant à domicile ou dans ses abords immédiats.
La cité est également inadaptée : manque de commerces, accessibilité, absence de transports… Pourtant les études menées sur la mobilité quotidienne des personnes âgées démontrent que les déplacements s’effectuent majoritairement dans un rayon de 500 mètres autour du domicile. Or quand cet environnement est inadapté, il est source d’isolement, de chute ou encore de dépression…comme le démontrent plusieurs études. Il est donc urgent d’agir, mais comment peut-on concevoir une ville accueillante et adaptée aux besoins des aînés ? A travers plusieurs exemples
L’accès à la culture : une utopie ?ATD Quart Monde
« Je suis jaloux de ceux qui, dès leur enfance, apprirent à aimer la musique et la danse, l’art et la poésie. Je n’eus pas cette chance et, toute ma vie, j’en ai souffert. Pouvoir l’offrir aux plus pauvres a été mon combat ». Ces mots ont été prononcés par Joseph Wresinski, fondateur du Mouvement ATD Quart Monde, il y a plus de vingt ans, mais nous constatons encore aujourd’hui que la culture est un luxe que ne peuvent pas s’offrir bon nombre de nos concitoyens, isolés et humiliés par la misère. Au-delà de cette « envie » de découvrir l’art et la beauté, la culture est un droit et y accéder permet d’ouvrir d’autres portes : celle de la confiance en soi, de la relation aux autres, du savoir et de la formation.
Alors l’accès à la culture pour tous : une utopie ? Nous vous proposons d’en débattre à partir de l’expérience des bibliothèques de rue et de projets pilotes mis en place ces dernières années au sein du Mouvement ATD Quart Monde.
Les égarés de l’asphalte : clinique des extrêmesSylvie QUESEMAND-ZUCCA, psychiatre psychanalyste en libéral et au SMES Ste Anne et auteur de "Je vous salis ma rue : clinique de la désocialisation" (Stock, 2007)
Quand un bout de trottoir n’est plus que son seul et unique lieu d’ancrage, si fragile, si violent, si précaire, que devient-on ? Quand la vie n’est plus qu’errance, errance du corps, errance psychique, comment tenir debout ? Marquées par la perte, l’égarement, la privation - on les dit sans abri, sans papiers, sans domicile fixe -, les personnes marginalisées à l’extrême demeurent trop souvent invisibles pour les pouvoirs publics et sont reléguées dans une inutilité sociale qui embarrasse. Qu’ils aillent à leur rencontre dans la rue même ou qu’ils les accueillent dans les lieux d’hébergement qui leur sont destinées, les travailleurs sociaux se trouvent fréquemment démunis et isolés. Ces structures alternatives à la vie dans la rue sont-elles réellement adaptées aux problématiques complexes que présentent les personnes désocialisées ? Confrontés à des personnes au passé lourd et sensible, présentant parfois des problématiques psychiatriques pour lesquelles ils ne sont pas forcément formés, pris entre des missions qui ne ne leur donnent pas les moyens de leurs ambitions, comment les travailleurs sociaux peuvent-ils, sans perdre le sens de ce qu’ils font, assurer au mieux leur fonction d’accompagnement social ?
Les métiers de l’aide à domicile : quelle professionnalisation ?Bernard ENNUYER, sociologue et directeur d’un service d’aide à domicile
Aujourd’hui, les services de l’aide à la personne sont en complète mouvance, ce qui n’est pas sans incidence sur l’un de ses secteurs majeurs d’activité, celui de l’aide à domicile. Dans un paysage traversé de contradictions, les missions de l’aide à domicile ne finissent-elles pas par être mises à mal ? Offre de certification disparate, qualification insuffisante des salariés, manque d’attractivité du secteur, précarisation des emplois non qualifiés, dégradation des conditions de travail, manque de reconnaissance et de valorisation des professionnels, autant de constats qui fragilisent le secteur de l’aide à domicile. A quels enjeux idéologiques, politiques, économiques et sociaux répond la volonté affichée des pouvoirs publics de professionnaliser ce secteur ? Penser la professionnalisation des métiers de l’aide à domicile oblige à interroger les conditions de travail et d’emploi des salariés du secteur, d’une part, la qualité des services rendus aux bénéficiaires concernés, d’autre part et, enfin, plus globalement, les finalités mêmes des services à la personne, oeuvrant aussi à la cohésion sociale.
Comprendre, assumer et former à l’expertise sociale : d’une compétence professionnelle à une certification de compétencesEvelyne SIMONDI, assistante sociale et chercheur en sciences de l’éducation
Croire que d’une compétence répertoriée à sa certification il n’y a qu’un pas, serait courir le risque d’un brouillage de sens préjudiciable à un travail social aujourd’hui en perte de repères signifiants.
Les assistants de service social notamment mettent en acte au quotidien une expertise sociale que la plupart du temps ils n’identifient pas, qu’ils ne nomment pas en tant que telle et à laquelle ils ont en conséquence des difficultés à former, au regard des textes qui régissent désormais l’obtention du Diplôme d’Etat. Que ce soit dans l’intervention collective comme dans l’intervention individualisée, l’expertise sociale n’est pas l’affaire d’un seul, isolé, qui la mettrait en oeuvre au moment opportun, mais d’une communauté, laquelle telle une « tribu » qui partage les mêmes valeurs, travaille à l’intelligibilité et la légitimité de ses actes, questionne ses savoirs et en assume la transmission. L’expertise sociale est aujourd’hui au coeur d’un débat sur l’utilité de la relation d’aide : à nous de rendre ce débat fructueux et de trouver des pistes pour « faire du neuf avec du vieux » comme nous y invite les réformes, sans y perdre notre âme et notre professionnalité.
Tuez les tous et vos enfants avec ! Histoire d’un foyer de semi-liberté de 1950 à 1983 par ceux qui l’ont vécue.Jean-Claude WALFISZ, pensionnaire du foyer de Vitry s/Seine de 1961 à 1967
Peut-on imaginer aujourd’hui, au 21e siècle, qu’il ait pu exister un foyer d’accueil de jeunes en difficulté, pour la plupart délinquants, dans lequel ceux-ci n’étaient pas enfermés, pouvaient même sortir librement à tout moment, aller à l’école ou ne pas y aller, travailler ou ne pas travailler, même s’y sentir heureux ? Et si c’était vrai ! Et s’il n’y avait pas d’autres alternatives ! Et si ces nouveaux centres fermés avec vingt-sept adultes dont trois éducateurs pour cinq enfants de 13 à 16 ans ne servaient à rien, sinon à rassurer pendant quelque temps la population ! Et si donc, pour une fois, une vision humaniste, fondée sur l’affectivité et la compréhension, avait été plus efficace que la répression ! C’est l’histoire de ce foyer de semi-liberté - le Centre familial de jeunes de Vitry-sur-Seine - où il a été placé dans les années 60 dont témoignera Jean-Claude Walfisz. La conférence sera introduite par la projection du film "Mémoire de sauvageons" (2002), réalisé pour la télé par Sylvie Gilman.
Conduire un projet, un jeu paradoxal, mais quel casse tête !Jean-Pierre BOUTINET, à l’occasion de la sortie de son ouvrage, Grammaires des conduites à projet (PUF, 2010)
Voilà plusieurs décennies que le projet est devenu une question d’actualité souvent obsédante et qui a mené à maintes dérives aussi bien dans le travail social que dans le travail architectural ou urbanistique, autant dans le travail éducatif ou sanitaire que dans la gestion organisationnelle. Comment comprendre ces dérives et en sortir en revenant à plus d’authenticité dans nos projets ? Un bon usage des paradoxes qui structurent toute conduite de projet est certainement le moyen de se délivrer des simplifications facilitatrices qui nous abusent pour en arriver à concevoir le projet comme une préoccupation ayant une double visée de création et d’émancipation.
Familles d’accueil : histoire(s) de familles, familles à histoire(s) ?Daniel GORANS, psychiatre pour enfants et adolescents, auteur de Lettres inédites du fils de Gulliver : accueil familial, Editions Hommes & Perspectives, 2002
Chaque histoire d’accueil familial confronte à la nécessité de faire circuler une navette entre toute une série de fils conducteurs, qu’il convient préalablement de démêler : l’histoire de l’accueilli, ses souffrances, ses affects, ses fantasmes et ses espoirs - l’écheveau de sa famille, les fils étant étroitement liés entre eux, avec leurs fractures, leurs déchirures et leurs noeuds - la trame proposée par la famille accueillante, avec ses propres fils "historico-fantasmatiques", ses propres désirs et affects - le cadre du métier, plus ou moins solidement fixé par les textes et règlements - les bobines proposées par les encadrants, liées à leur histoire, leurs désirs et leurs fantasmes. A chaque accueillant sa trame, à chaque accueilli ses écheveaux... Quant au cadre, sans doute mérite-t-il sans cesse d’être perfectionné...